Le point de départ de la Fondation, c’est donc le conservatisme : le vrai. Non pas une attitude figée, immobiliste, aveugle aux changements inévitables et aux mutations nécessaires, qui n’en est qu’une caricature aberrante, mais une approche ouverte quoique prudente, qui entend prendre en compte la richesse mais aussi la fragilité des choses. Une approche qui estime que le seul comportement raisonnable consiste à poursuivre vers l’avant sans rejeter systématiquement les apports et les leçons du passé.

Tandis que le réactionnaire se contente de regarder en arrière, persuadé que tout était mieux avant, tandis que le progressiste ne considère que l’avenir, convaincu que, grâce au Progrès, tout sera nécessairement mieux demain, le conservateur entend établir un pont entre le passé, le présent et l’avenir, qu’il appréhende comme les éléments indissociables d’une continuité.

Il n’idolâtre pas le passé : il l’envisage sur un mode critique, délaissant ce qui s’est avéré néfaste tout en appelant à la préservation des trésors qu’il nous a légués : « Conserver ce qui vaut, réformer ce qu’il faut », déclarait Disraëli. Le conservateur n’est pas effrayé par l’avenir, mais il estime que l’on ne peut croître que si l’on est solidement enraciné, et que la transmission est indispensable à toute progression. Il ne néglige pas le présent, mais il reste convaincu qu’à côté des vastes potentialités qu’il offre, il n’en demeure pas moins lourd de dangers, et que, pour reprendre le mot d’un conservateur célèbre, Balzac, « une génération n’a pas le droit d’en amoindrir une autre ».

C’est cette conviction qui a conduit à choisir le Pont-Neuf comme emblème de notre Fondation : le pont est ce qui réunit les rives, et qui permet ainsi, de façon stable, ces échanges et cette transmission. Quant au Pont-Neuf de Paris, le nôtre, il est, au centre de la cité et en dépit de son nom, le pont le plus ancien de la capitale – incarnant ce mariage de l’innovation et de la pérennité qui constitue le cœur du conservatisme.