Tandis que certains courants nihilistes considèrent l’homme comme une machine susceptible d’être modifiée sans limites par l’ingénierie biologique, d’autres y voient un animal  au même titre que le moucheron ou l’éléphant. Là encore, on commence par nier ce à quoi, à l’inverse, la pensée conservatrice se montre particulièrement attentive : les différences, les réalités, les singularités naturelles, gommées au profit d’une approche grossièrement uniformisante se réclamant du sacro-saint principe d’égalité. Tout le monde pareil, parce qu’il serait injuste qu’il en soit autrement. Injuste par rapport à quoi, à quelles règles, à quel droit naturel ? Peu importe. Le résultat, c’est, sur un mode mineur, la tristement célèbre « théorie du genre ». Celle-ci, par égalitarisme, prétend éradiquer une différence à partir de laquelle se sont construites toutes les civilisations humaines depuis trois ou quatre millénaires. Le résultat laisse plus que perplexe, ne serait-ce que pour une raison bien simple : à vouloir aller contre la nature (même si c’est en brandissant comme un talisman le slogan de Beauvoir assurant que ce n’est pas la nature, mais la culture), on se heurte inévitablement et violemment à cette dernière. Et l’on est alors obligé de multiplier les normes et les exceptions, les interdits et les contraintes, les contrôles et les sanctions, pour pouvoir coucher tout le monde sur le même lit de Procuste. La négation du réel est à ce prix.

Sur un mode majeur, ensuite, le résultat paraît encore plus risible que consternant : il se traduit par les théories anti-spécistes déniant à l’humanité toute singularité et tout privilège sur les autres espèces animales. L’homme est une bête comme les autres.  A ce titre il n’a, pas plus que les autres, le droit de nuire à l’existence et au bien-être des autres animaux –  étant bien entendu que cette idéologie conduit également à réprouver les comportements antisociaux du tigre, du loup, voire du moustique.